Son territoire
Le territoire de la paroisse de Laques était le plus étendu. Il comprenait de Bluche à Cordonna - toute la partie supérieure de la Contrée de Sierre et s'étendait au sud jusqu'aux villages de Veyras et Miège. A l'ouest, ce territoire se prolongeait jusqu'au village de Montana et comprenait une partie de Corin. De façon assez étonnante, Montana resta, durant plusieurs siècles, coupé en deux : une partie de ses habitants - ceux qui résidaient à l'est de la chapelle étaient rattachés à la paroisse de Laques, les autres à celle de Lens. Cet état de choses fut confirmé par une sentence en 1584. L'année suivante, il était spécifié que les habitants de la partie orientale de Montana formeraient avec ceux de Venthône la cinquième partie de la paroisse de Laques, exception faite des dénommés Crestols qui étaient rattachés au quart de Randogne. En 1755, à la suite d'un nouveau conflit, l'évêque fit placer la limite entre les deux paroisses à l'est de Montana, près d'une croix. Tamini pense que le village de Corin fit partie un temps de cette paroisse. A la même date, une limite entre les paroisse de Lens et de Laques était placée au-dessus de ce hameau. Les territoires des communes méridionales de la paroisse de Saint-Maurice de Laques s'en détachèrent petit à petit. En 1660, l'évêque autorisa le transfert de la paroisse de Musot à Venthône, qui fut fondée trois ans plus tard. Miège devint une cure filiale de celle de Laques en 1786; huit ans après, elle formait une paroisse séparée. En 1785, le curé d'alors nota " Miège se sépare de la paroisse mère et ce sera le dernier baptême d'enfant provenant de Miège ". Ce n'est qu'en 1882 que le village de Veyras a été rattaché à la paroisse de Miège.
Son existence
L'existence de la paroisse de Laques est attestée depuis le dernier tiers du XIIIe siècle : avec la mention, en 1268, d'un curé de Laques prénommé Pierre. Vu la rareté des sources à pareille époque, il se peut que cette paroisse soit bien plus ancienne. Notons qu'en 1238 est cité un certain Pierre "presbiter" de Laques (soit simple prêtre par opposition à un prêtre de paroisse "plebanus"), deux ans plus tard un Pierre chapelain de Laques. L'église de Laques, quant à elle, est mentionnée dans les textes dès 1242. Son vocable, Saint-Maurice, est attesté dès 1270. La paroisse de Laques était très liée au Chapitre de Sion. Une prébende dite de Laques revenait à un de ses chanoines. A ce bénéfice était annexé le droit d'élection du curé. Aussi, plusieurs chanoines de Sion devinrent curés de Laques.
Les assemblées de tiers ou de paroisse
Le découpage de la Contrée en paroisse correspondait à peu près à celui en tiers. Autrement dit, la grande majorité des grands communiers du tiers inférieur se retrouvait à l'église de Plan-Sierre et ceux des deux tiers supérieurs à l'église de Laques.
En l'an 1551
tiers inférieur de Plan-Sierre
tiers du milieu = église de Laques (quart de Venthône, village de Miège, quart de Veyras et Musot)
tiers supérieur = église de Laques (tiers de Randogne quart de Cordona quart de Mollens) Après 1686
tiers inférieur de Plan-Sierre
tiers du milieu = église de Laques (quart de Venthône quart de Miège et Veyras)
tiers supérieur = église de Laques (quart de Randogne quart de Mollens)
Au XIVe siècle et au début du XVe siècle, avant que ne soient mentionnés les tiers de la Contrée, le mot paroisse est souvent synonyme de commune. Les habitants de la Contrée se retrouvaient traditionnellement et périodiquement à l'office du dimanche. Disséminés le reste du temps dans une quinzaine de villages, de hameaux ou de mayens, ils étaient réunis ce jour-là en quatre ou trois églises, la grande majorité à Plan-Sierre et à Laques. A l'issue de la messe dominicale, les grands communiers restaient réunis pour entendre les proclamations du sautier de Sierre ou du métral de Cordona et délibéraient sur des affaires en cours. A Saint-Maurice-de Laques, ces assemblées se tenaient, hiver comme été, sur le cimetière. On y traitait tant les affaires de la paroisse que celle de la grande commune. Cet usage profane des lieux sacrés n'est pas une particularité locale. Dans l'occident médiéval, l'église était perçue comme "la maison commune" et le cimetière comme l'espace ouvert commun, ces deux endroits restant jusqu'au cours du XVIIe siècle "les foyers de la vie sociale".
L'Eglise de St-Maurice durant les siècles
La paroisse a connu 3 églises successives. La première dont on devrait sûrement retrouver des vestiges en sous-sol. Une deuxième dont subsistent le chœur rectangulaire gothique finissant et le beau clocher, œuvre d'Ulrich Rufiner (1531). Une troisième, l'actuelle, avec sa nef néo-gothique, œuvre de l'architecte J. de Kalbermatten (1893). Les vitraux sont de Cingria (1929) et méritent une visite pour les contempler. Quant à la chapelle de Mollens, elle est dédiée à Charlemagne et a été restaurée en 1927. La porte est originale et date de 1682.
La paroisse de Laques aujourd'hui
Aujourd'hui, la paroisse comprend 7 agglomérations s'échelonnant de la plaine à la montagne (Loc, Conzor, Laques, Mollens, Randogne, Bluche, Aminona) et compte plus de 500 ménages habités par des gens d'ici et d'ailleurs. 2 églises et 4 chapelles se partagent la paroisse de St-Maurice-de-Laques. L'église mère, dédiée à St-Maurice, s'efforce d'être une force centripète pour contrebalancer les nombreuses forces centrifuges dans le puzzle géographique.
Que restera-t-il ?
Nous avons reçu en héritage de nos pères la foi chrétienne pour laquelle St-Maurice a donné sa vie. Cette foi nous a été transmise par nos vieilles églises que fréquentaient nos pères. Ces églises et chapelles ne méritent-elles pas d'avoir une place privilégiée dans notre espace vital.
" Que le Dieu de nos pères soit le père de vos enfants ". (Jean-Paul II à Sion en 1984)
Sources :
CONNE, Olivier. 1991 - "La Contrée de Sierre 1302-1914". Communes et bourgeoisies de Sierre, Veyras, Miège, Venthône, Mollens, Randogne, Grande Bourgeoisie de la Noble Contrée, Sierre, 277 pp.